Le col des Charbonniers fut pendant des siècles le seul lieu de passage pour les charbonniers vosgiens de la vallée du même nom qui transportaient leur charbon de bois vers les forges d’Oberbruck et de Masevaux en Alsace. Il est aujourd’hui uniquement fréquenté par les touristes randonneurs sur la crête méridionale du massif des Vosges entre le Ballon d’Alsace et le Stiftkopf en passant par la Haute Bers. Il n’y a pas de route asphaltée qui enjambe la ligne de faîte entre la voie historique du col de Bussang au nord et la route plus récente du col du Ballon d’Alsace, route départementale 465, à l’ouest.

Le dernier charbonnier d’Alsace s’est éteint.
L’âme de Rechala, ainsi nommé par ses amis proches s’est envolée rejoindre les volutes et fumerolles issues de ses meules. Le Maître du feu, artiste et artisan du charbon de bois, Roger Feder, dernier charbonnier d’Alsace est parti discrètement, comme il a vécu. 
Certains poursuivent inlassablement la voie qu’ils pensent être la leur. Roger en était, et sa voie toute tracée au noir de charbon. Un marginal pour d’aucuns, un authentique pour d’autres, mais exemple type d’antisystème pour tous. Le personnage, un peu bourru et beaucoup poète, ne laissait pas indifférent. Sa réflexion sur la vie moderne et ses absurdités, au travers de son humour grinçant le montrait philosophe. Né en 1965, après des carrières dans le fermage, le paysagisme ou l’élagage, ses pas le mènent vers l’écomusée où il découvre le charbonnage d’antan. Depuis, cette passion, ce métier, ce savoir-faire ne le quitteront plus. Il n’aura d’objectif que de se perfectionner, d’affiner sa technique et de « produire », tel un alchimiste de la flamme, un charbon de bois parfait. Il aimait à dire que la fabrication du charbon est identique à celle du diamant, ou qu’une meule est un bébé, à veiller jour et nuit. Après des années là-bas, à bâtir des meules, les allumer, les surveiller, les démonter, et en extraire ses pierres précieuses, il posera son sac à dos au pied du Hundsrück dans ce qui deviendra « sa cabane ». Un « sweet home » ! Rustique certes, mais écouter le vent, observer les chevreuils, s’endormir au chant de la hulotte valait pour lui, tous les palaces du monde. Au plus près de l’essentiel de la vie, Roger vivait chichement, simplement, naturellement, mais humait à pleins poumons le temps qui passe, heureux. Puis, un jour froid, c’est le drame. Le vieux poêle, seul élément de confort, surchauffe et embrase la cabane. Roger n’a plus rien. Tout est détruit hormis son vieux tracteur tôlé, rouge de peinture et de rouille. Plus d’un serait complètement abattu après une telle épreuve. C’est mal l’apprécier. Dans les cendres fumantes du lendemain, il retrousse ses manches et entame nettoyage et déblaiement, aidés de copains auxquels lui, insufflait l’énergie… Ni plaintes, ni regrets si ce n’est la perte de l’un ou l’autre de ses outils nécessaires à la production de charbon. Loin de regarder en arrière, il voyait l’avenir meilleur et parlait de la cabane idéale. Ses proches et connaissances, décidèrent alors de tout mettre en œuvre pour l’aider dans ce rêve. De dons en collectes, de concert rock en soirée Gospel, de réseaux sociaux en reportages télés et d’articles dans la presse, un an plus tard il emménageait dans une cabane toute neuve. C’est là-bas, sur sa terrasse, jusqu’au soir de sa vie qu’il suivait des yeux les fumées, en écoutant battre le cœur de ses meules, écrins à diamants.
Abnégation, courage, détermination, amour des choses simples auront été les maitres mots de sa vie. Hier après-midi, tu as rassemblé une dernière fois ta famille, tes potes, tes connaissances ! Ton ultime sortie tu l’auras faite sous un tonnerre d’applaudissements… 
Mérités ! 
Salut l’Artiste. D. Nussbaum